James Braid

le sceptique, la bouteille et le sucrier

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Comment un chirurgien écossais a changé d’avis grâce à de la vaisselle.

James Braid (1795-1860) est moins célèbre qu’Erickson. Pourtant, sans lui, on ne parlerait peut-être pas d’hypnose.

Ce chirurgien de Manchester avait une belle carrière, de bonnes manières, et une certitude : le magnétisme animal, c’est du grand n’importe quoi.

Novembre 1841. Il assiste à une démonstration du magnétiseur Charles Lafontaine. Son verdict : rien de convaincant.

Il revient quand même.

Six jours plus tard, un détail l’arrête. Un participant semble réellement incapable d’ouvrir les yeux.

Braid veut comprendre. Il refait ses propres essais.

Et là, l’histoire prend un tour domestique.

Premier volontaire : un certain M. Walker. Consigne : fixer le haut d’une bouteille de vin. Trois minutes plus tard, ses paupières se ferment et il plonge dans ce que Braid décrit comme un sommeil profond. Au bout de quatre minutes, le chirurgien interrompt l’expérience par prudence. À son réveil, Walker paraît particulièrement agité et effrayé.

James Braid observe M. Walker entrer en hypnose en fixant une bouteille de vin lors de sa première expérience à Manchester en 1841.

Une bouteille de vin qui endort son monde, rien de très original. Sauf que personne n’a bu.

Madame Braid, témoin de la scène, trouve cette émotion un peu exagérée. Son mari lui propose d’essayer à son tour. Elle accepte, persuadée qu’elle ne se laissera pas aussi facilement impressionner.

Il lui demande alors de fixer l’ornement d’un sucrier en porcelaine.

Elle réagit encore plus vite que M. Walker.

Le sucrier ne savait pas qu’il avait rendez-vous avec l’histoire des sciences.

Madame Braid n’a pas fait école, mais elle a fait des émules.

Dans mon cabinet, il arrive que quelqu’un s’installe en me prévenant : « Attention, je suis très rationnelle. »

Quelques minutes plus tard, cette même personne se bat avec le cadenas rouillé d’une fenêtre, quelque part au milieu des nuages.

Une autre a passé 45 minutes à arracher une racine imaginaire.

C’est ce que je trouve palpitant dans les séances : laisser une porte imaginaire s’ouvrir, accueillir sans jugement ce que fabrique l’esprit, jouer avec pour le transformer. Puis refermer la porte.

Et constater, avec curiosité.

Ces expériences peuvent prendre des formes très différentes d’une personne à l’autre, comme je l’explique dans l’article « Que ressent-on pendant l’hypnose ? »

Braid, lui, en tire une conclusion plus importante que la vaisselle : pas besoin de fluide mystérieux envoyé par l’opérateur. La fixation du regard et l’attention suffisent. En 1843, il publie Neurypnology, sur le « sommeil nerveux ».

Oui, le titre ressemble à une épreuve d’articulation. C’était l’époque.

Il popularise alors le mot « hypnotisme », formé à partir du grec hypnos, le sommeil. Puis, en 1847, il s’aperçoit que ce n’est justement pas du sommeil. Il propose plutôt le terme « monoïdéisme » : une concentration sur une seule idée.

Il avait contribué à baptiser un domaine entier, puis voulu changer le nom. On connaît tous ça avec un dossier informatique.

Mais ce que je retiens, c’est le moment d’avant. Celui où quelqu’un de très sûr de lui accepte de regarder une deuxième fois.

Avoir raison est confortable. On arrive avec son avis, on repart avec le même, plus trois arguments.

Regarder deux fois, c’est moins confortable. Mais c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Un musicien connaît ses gammes par cœur, et reste ému par quelques mesures. Un jardinier sait ce qu’il faut à une graine, et s’arrête quand même devant la première pousse.

Comprendre n’abîme pas l’émerveillement. Parfois, ça le prolonge.

Braid était venu observer un magnétiseur, les bras croisés.

Il est reparti avec une théorie, un livre au titre redoutable, et une dette envers du matériel de dîner.

Quant au sucrier, je propose qu’on lui accorde enfin sa place dans les manuels.

Un sucrier en porcelaine personnifié sourit malicieusement après avoir hypnotisé Madame Braid lors d’une expérience historique.

Il a tout de même fait davantage que sucrer le thé.

Pour poursuivre cette exploration avec davantage de jeu : découvrir l’hypnose ludique.