Arrivé à destination, c’est un nouveau départ

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Arrivé à destination, c’est un nouveau départ

« J’aimerais avancer. »

C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent en séance.

Parfois elle est prononcée exactement comme ça. Parfois elle se cache derrière une demande plus précise : retrouver confiance en soi, dépasser une peur, arrêter de fumer, sortir d’une période difficile, reprendre une activité, changer une habitude…

Il y a un endroit où l’on ne veut plus être et un autre que l’on aimerait rejoindre.

Alors on se fixe un but.

Et c’est utile.

Un but donne un cap. Il permet de regarder devant soi plutôt que de rester les yeux rivés sur ce qui ne va pas. Il offre un point de mire, quelque chose vers lequel orienter son attention et ses efforts.

Mais est-ce vraiment la destination ?

Je n’en suis pas certain.

Derrière l’objectif, il y en a souvent un autre

Lorsqu’une personne vient me voir en séance, je prends toujours le temps de l’interroger sur ce qu’elle souhaite obtenir.

Et je ne m’arrête généralement pas à sa première réponse.

Imaginons quelqu’un qui vient pour un manque de confiance en soi.

Je pourrais simplement travailler autour de cette demande. Mais j’aime d’abord lui faire imaginer qu’elle a réussi, que cette confiance est désormais là, puis la pousser plus loin.

Alors je lui demande :

« Qu’est-ce que cette confiance va vous apporter ? »

Peut-être me répondra-t-elle :

« Je vais pouvoir reprendre des activités, sortir davantage, rencontrer du monde. »

Très bien.

« Et qu’est-ce que cela va vous apporter, de reprendre ces activités et de rencontrer du monde ? »

De la joie. Des relations. Une meilleure estime d’elle-même. Le sentiment de profiter davantage de la vie.

Alors je recommence.

« Et tout cela, qu’est-ce que ça va vous apporter ? »

Je peux poser cette question plusieurs fois. Chaque réponse en ouvre une autre, comme si nous remontions progressivement un chemin.

À un moment, quelque chose change.

Les réponses deviennent plus simples et, curieusement, beaucoup plus vastes.

La liberté.

Le bonheur.

La joie de vivre.

L’amour.

La sérénité.

L’accomplissement de soi.

Et parfois la personne ne trouve plus rien derrière.

Nous sommes arrivés aussi loin qu’elle peut aller, à cet instant.

C’est précisément là que sa quête devient, à mes yeux, la plus intéressante.

Parce qu’elle cesse presque d’être un objectif.

On n’atteint pas la liberté un mardi après-midi

Retrouver une activité, prendre la parole devant vingt personnes ou réussir à monter dans un avion : voilà des buts que l’on peut atteindre.

La liberté, beaucoup moins.

Comment décider que nous avons définitivement atteint le bonheur ? À partir de quand pouvons-nous cocher la case « accomplissement de soi » et passer à autre chose ?

Ces mots désignent autre chose.

Je préfère les considérer comme des boussoles.

Et j’ajoute souvent quelque chose à ce moment-là.

Il arrivera forcément que l’on vive une expérience différente de celle que l’on aurait souhaitée. Un coup de stress, une peur, un doute, un moment où l’on se sent moins sûr de soi.

Plutôt que de chercher uniquement à s’éloigner de cette sensation, on peut essayer d’y glisser une nuance de ce cap plus vaste que nous venons de déterminer.

Qu’est-ce que cela changerait, par exemple, de mettre une touche de liberté dans un moment de doute ? Un peu de sérénité au milieu du stress ? Une part de joie dans une situation difficile ?

Cela ne fait pas nécessairement disparaître ce que l’on ressent. Mais cela donne une direction à ce que l’on fait.

Car savoir de quoi nous voulons nous éloigner ne nous dit pas où aller.

Et si, à cet instant, nous réalisons que le chemin emprunté nous éloigne justement de ce qui compte pour nous, nous disposons d’un repère pour changer de trajectoire.

C’est un peu comme une étoile dont un navigateur se servirait pour garder son cap.

Il ne navigue pas pour atteindre l’étoile.

Il navigue grâce à elle.

Entre-temps, il fera escale. Il changera peut-être de bateau. Il rencontrera des courants contraires, découvrira des endroits qu’il n’avait jamais imaginé visiter. Il pourra même modifier son itinéraire.

Mais lorsqu’il aura besoin de s’orienter à nouveau, il saura où regarder.

Un randonneur contemple de nouveaux objectifs qui se dessinent devant lui, symboles des possibilités qui apparaissent à mesure que l’on avance.

Peut-être avons-nous surtout besoin de bouger

Nous accordons beaucoup d’importance à nos buts.

Et pourtant, je me demande parfois si le plus important n’est pas ailleurs.

Dans le mouvement lui-même.

Nous le disons d’ailleurs spontanément lorsque quelque chose devient difficile :

« Je n’arrive plus à avancer. »

« Je me sens bloqué. »

« J’ai l’impression de tourner en rond. »

« Je voudrais passer à autre chose. »

Notre langage raconte déjà quelque chose.

Vivre, c’est bouger.

Pas nécessairement courir. Encore moins aller toujours plus vite ou toujours plus haut.

On peut avancer en ralentissant.

En prenant une autre route.

En renonçant à un projet devenu inutile.

En apprenant.

En acceptant.

En recommençant.

Parfois même en revenant quelques pas en arrière parce qu’on vient de comprendre qu’on s’était trompé de chemin.

Le mouvement n’est pas forcément une progression mesurable.

C’est la possibilité de ne pas rester figé.

Et c’est peut-être pour cela que certaines périodes sont si inconfortables : non seulement parce que nous n’avons pas encore obtenu ce que nous souhaitions, mais parce que nous avons le sentiment que plus rien ne bouge.

Et lorsqu’on réussit ?

Il se produit alors quelque chose d’assez amusant.

On repart.

L’enfant qui apprend à marcher ne consacre pas les quinze années suivantes à célébrer cette réussite. À peine tient-il debout qu’il veut aller là-bas. Puis courir. Puis grimper.

Nous faisons peut-être la même chose toute notre vie, sous des formes un peu plus sophistiquées.

Nous obtenons un diplôme et d’autres possibilités apparaissent.

Nous apprenons un métier puis nous évoluons à l’intérieur de celui-ci.

Nous dépassons une peur et découvrons ce qu’elle nous empêchait jusque-là d’envisager.

Nous retrouvons confiance et cette confiance nous permet d’oser quelque chose qui, hier encore, semblait inaccessible.

Chaque arrivée modifie le paysage.

Depuis le nouvel endroit où nous nous trouvons, nous voyons des chemins qui étaient invisibles auparavant.

Alors un autre désir apparaît. Une curiosité. Une rencontre. Une possibilité.

Ou simplement l’envie d’aller voir un peu plus loin.

Ce n’est pas une obligation à devenir sans cesse meilleur.

Nous avons parfaitement le droit de nous arrêter, de profiter, de contempler ce qui a été parcouru.

Le repos aussi fait partie du voyage.

Mais il est rare que nous nous installions définitivement à l’endroit précis où nous avions rêvé d’arriver.

Parce qu’entre celui qui avait fixé ce but et celui qui vient de l’atteindre, quelque chose a déjà changé.

Nous avons changé.

Et nous inventons de nouvelles envies depuis des endroits où nous n’aurions jamais imaginé nous trouver.

L’essentiel n’est peut-être pas d’arriver.

C’est de pouvoir continuer à se mouvoir, choisir un cap, l’ajuster lorsque c’est nécessaire, et sentir que quelque chose, en nous ou dans notre vie, peut encore évoluer.

Alors oui, il est agréable parfois de regarder derrière soi et de constater :

« J’y suis arrivé. »

De profiter un instant de l’endroit.

De mesurer le chemin parcouru.

Puis de relever les yeux.

Parce qu’une fois arrivé à destination, l’horizon est toujours là.

Et, quelque part devant nous, un nouveau départ se dessine.

Un randonneur laisse sa carte derrière lui et poursuit son chemin guidé par une étoile, symbole d’une direction qui donne du sens à ses choix.

Un petit jeu, si le cœur vous en dit

Vous pouvez essayer, là, maintenant, avec un objectif tout simple. Rien de vertigineux. Juste quelque chose que vous aimeriez faire, changer ou obtenir.

Reprendre le sport, par exemple. Ou enfin ranger ce tiroir qui vous nargue depuis six mois.

Posez-vous la question :

« Qu’est-ce que ça va m’apporter ? »

Notez la réponse. Puis posez-vous à nouveau la même question à partir de ce que vous venez de trouver.

Et recommencez. Encore une fois. Puis une autre.

À un moment, vous sentirez peut-être que vous touchez quelque chose de plus large, de plus simple aussi. Un mot derrière lequel il devient difficile d’aller plus loin.

Vous venez de remonter, à votre manière, ce que l’on pourrait appeler une échelle des valeurs.

Tout en haut, il y a cette valeur plus vaste qui donne du sens aux autres.

C’est votre étoile.

Et si l’envie vous prend de me la partager, la porte est ouverte. Je suis toujours curieux de découvrir ce que les autres trouvent tout en haut de leur échelle.