Prendre du recul : comment changer son regard sur ce que l’on vit
On entend souvent cette phrase :
« Prends du recul. »
Ou l’on se dit : « Il faut que je prenne du recul. »
Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Et surtout, comment fait-on quand on est pris dans une situation qui nous envahit ?
Qu’est-ce que prendre du recul ?
Prendre du recul ne consiste pas à devenir froid, distant ou indifférent. Il ne s’agit pas non plus d’effacer ou de minimiser ce que l’on ressent. Quand on a le nez collé à une situation, on ne voit plus qu’elle. Elle devient énorme et prend toute la place.
Prendre du recul, c’est changer la distance face à ce que l’on vit. Quand cette distance change, la perception change, et l’expérience elle-même évolue.
Cela peut passer par le fait de faire un pas en arrière pour revoir l’ensemble du tableau, de prendre de la hauteur, de changer de point de vue, de perspective, ou encore de dézoomer.
Autrement dit, prendre du recul, c’est modifier la manière dont on perçoit l’expérience que l’on traverse.
Pour quelle raison en a-t-on besoin ?
Parce que, dans certaines situations, notre perception se rétrécit.
Sous l’effet de la colère, de la peur, de la fatigue, de la tension ou d’une blessure émotionnelle, on voit souvent moins clair. On peut alors surinterpréter, réagir trop vite, dramatiser, ou confondre ce que l’on ressent avec la réalité entière.
C’est dans ces moments-là que prendre du recul devient utile.
Non pas pour fuir ce qui se passe, mais pour éviter d’être entièrement gouverné par la réaction du moment.
À quoi cela sert-il ?
Prendre du recul ne supprime pas forcément le problème. En revanche, cela change souvent profondément la manière de le traverser. Cela permet de retrouver de la clarté, de mieux comprendre ce que l’on vit, de différencier les faits, les émotions et les interprétations, et parfois d’éviter des réactions que l’on pourrait regretter.
Le recul ne supprime pas l’émotion. Il évite simplement de lui confier tout le pouvoir. Il permet aussi qu’elle se transforme, ou simplement qu’elle puisse passer.
Autrement dit, il ne s’agit pas de ressentir moins pour faire semblant que tout va bien. Il s’agit de retrouver assez d’espace pour ne pas être entièrement absorbé par ce que l’on vit.
Une petite expérience
Voici une expérience simple que vous pouvez tester.
Choisissez le souvenir d’une situation légèrement inconfortable ou problématique, en lien avec une personne ou un groupe de personnes, d’intensité modérée, maximum 4 à 5 sur 10. Si cela devient inconfortable, arrêtez simplement l’exercice et revenez à autre chose.
Commencez par repenser à cette situation comme si vous la reviviez à travers vos propres yeux. Revoyez ce que vous voyiez à ce moment-là, ou repensez-y simplement si vous n’avez pas d’images mentales. Réécoutez les mots entendus, et observez ce que vous ressentez.
Puis imaginez maintenant observer cette même scène à 2 ou 3 mètres, comme si vous en étiez le spectateur. Regardez les personnes, les échanges, les attitudes. Si vous le souhaitez, prenez aussi le point de vue des différents interlocuteurs.
Posez-vous alors cette question :
Qu’est-ce qui est différent depuis ce point de vue-là ?
Ensuite, poussez l’expérience encore plus loin.
Imaginez que la scène s’éloigne énormément. Vous savez que c’est cette situation, mais elle devient toute petite. Les personnes ressemblent presque à des figurines, ou même à des fourmis. Vous ne distinguez presque plus les détails. Vous n’entendez plus les mots.
Et là, observez simplement :
Qu’est-ce que vous ressentez maintenant ?
Puis revenez tranquillement ici, à votre rythme. Vous pouvez maintenant quitter l'exercice.

Ce que l’on observe souvent
Parfois, à ce moment-là, quelque chose devient très clair.
En séance, il m’arrive de poser simplement la question :
« Qu’est-ce que tu ressens maintenant, en regardant cette scène de loin ? »
Et il arrive que la réponse soit :
« Rien. »
Alors je poursuis :
« Qu’est-ce que ça fait de se dire que c’est exactement la même scène… et que tu réussis à y assister sans rien ressentir ? »
Puis souvent :
« Tu pensais que c’était possible ? »
Et c’est précisément là que quelque chose peut bouger.
Parce qu’au fond, la scène n’a pas changé.
Mais la manière de l’habiter, elle, a changé.
Ce que cela peut nous apprendre
Cette expérience montre quelque chose de simple et de fort : une même situation ne provoque pas forcément le même ressenti selon la manière dont on la regarde. Cela ne veut pas dire que tout est “dans la tête”, ni que ce qui a été vécu n’a pas d’importance. Cela veut dire qu’il existe parfois une marge de manœuvre. Un peu d’espace. Une autre façon d’être en lien avec ce qui s’est passé.
Concrètement, prendre du recul modifie le point de vue. Cela donne souvent plus d’espace d’action, et permet de faire évoluer l’interprétation initiale. Il devient alors possible de réagir autrement lorsque l’on repense à une situation problématique, ou quand une nouvelle se présente. Cela peut aussi permettre d’apprendre de la situation, au lieu de seulement la subir.
Il n’existe pas une seule façon de prendre du recul
Cet exemple est une manière parmi d’autres. En réalité, il existe mille façons de favoriser ce recul. Certaines personnes auront besoin de changer de point de vue. D’autres auront besoin de prendre davantage de distance. D’autres encore passeront plutôt par le corps, la respiration, le mouvement, le temps, ou une autre forme d’expérience intérieure. Le recul n’est pas une technique en soi. C’est un résultat que l’on obtient par différents chemins.
En cabinet
En cabinet, je propose de nombreuses façons différentes de le faire. En général, j’en fais tester une ou plusieurs, selon ce que la personne m’apporte sur le moment, sa manière de fonctionner, et ce dont elle a besoin à ce moment-là. Je n'applique pas de méthode toute faite. Il s’agit de trouver ce qui, pour cette personne-là, va l’aider à retrouver suffisamment d’espace intérieur pour voir plus clair, ressentir autrement, et ne plus subir de la même manière.
Il m’arrive aussi d’accompagner certaines personnes à prendre du recul, non plus seulement sur une situation précise, mais sur une partie beaucoup plus large de leur vécu, en reprenant les mots, l’histoire et les situations apportées par la personne. Je m’appuie sur ce qu’elle vit pour lui proposer, parfois, un autre point de vue.
Si une personne ne voit plus que ce qui l’a blessée, abîmée ou freinée, je peux alors l’aider à changer un peu de point de vue, afin qu’elle puisse aussi prendre conscience de ce qui lui a permis de traverser ces épreuves : sa force, son courage, et toutes les ressources en elle qui se sont déjà activées pour faire face à ce qu’elle a vécu.
Parfois, prendre du recul, ce n’est pas seulement regarder autrement une situation. C’est aussi commencer à se regarder autrement soi-même.
En conclusion
Prendre du recul ne règle pas tout. Mais cela permet souvent de retrouver plus d’espace intérieur, et donc plus d’espace d’action. Quand on retrouve un peu de cet espace, on pense autrement, on ressent autrement, et l’on peut souvent répondre à la situation avec plus de justesse. Et parfois, ce simple changement de distance change déjà beaucoup de choses. On peut alors à nouveau avancer plus sereinement.

Et vous, que vous évoque cette idée de prendre du recul ?
Je serai heureux de lire votre regard ou votre expérience en commentaire.
Rédigé par mes soins, assisté par ChatGPT pour les images.

