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Vous êtes dans la cuisine.
Une araignée traverse le mur, tranquille, sans se presser.
Avant même d’y avoir pensé, vous avez reculé d’un pas.
Le cœur est parti. Les mains sont devenues moites. Et quelque part, une petite voix raisonnable vous rappelle que cette araignée pèse moins qu’un grain de riz.
Ça ne change rien.
La peur est déjà là.
Plus rapide que la réflexion
Ce qui est troublant, dans une phobie, c’est l’ordre des choses.
On aimerait croire que l’on voit le danger, que l’on analyse, puis que l’on a peur. En réalité, c’est souvent l’inverse. Une partie très ancienne du cerveau réagit en une fraction de seconde. L’alerte est lancée. Le corps s’exécute. Et ce n’est qu’après que la pensée consciente arrive, un peu essoufflée, pour essayer de comprendre ce qui se passe.
Elle arrive toujours trop tard.
C’est pour cela que « raisonner » une phobie fonctionne si mal. On ne peut pas convaincre quelqu’un de ne plus avoir peur, pas plus qu’on ne peut convaincre un détecteur de fumée de ne pas sonner pendant que le pain grille.
Le détecteur fait son travail.
Il le fait simplement un peu trop bien.
Une phobie a presque toujours une histoire
Et cette histoire commence souvent par un apprentissage.
Imaginez un enfant en train de jouer, bien tranquille. Soudain, un cri. Maman vient de voir une souris. Elle hurle, elle attrape l’enfant, elle grimpe sur une chaise avec lui dans les bras. Elle tremble, elle pleure, elle cherche de l’aide.
Et l’enfant, qui n’avait peut-être même pas vu la souris, se met à pleurer lui aussi.
Il ne sait pas ce qu’est une souris. Mais il vient de comprendre, au plus profond de lui, ce qu’elle provoque.
Il apprend.
Parfois, c’est un événement bien plus discret. Un jour, un contexte, une émotion que l’on a oubliée depuis longtemps. Le cerveau a enregistré : « ça, c’est dangereux ». Il a classé le dossier au rayon des urgences. Depuis, il ne vérifie plus.
Il applique.
Et puis il y a l’évitement. On contourne l’ascenseur, on change de trottoir, on décline l’invitation. Sur le moment, c’est un soulagement. Mais chaque fois que l’on évite, le cerveau en conclut qu’il avait raison de s’alarmer.
Plus on évite, plus la peur prend de la place.
Ce que l’on a en tête
Je me souviens d’une petite fille qui avait très peur des araignées. Quand je lui ai demandé comment elle les voyait, sans en avoir une sous les yeux, elle me les a décrites : des monstres de trente centimètres, avec des yeux de tueur, un regard de colère, des poils partout et une gueule pleine de dents.
C’était ça, qu’elle avait en tête. Pas l’araignée du mur. Celle de son imagination.
À la fin de la séance, entre autres choses, nous avons changé cette image. Son araignée avait maintenant de grands yeux globuleux de chien battu, un chapeau de clown, une langue de belle-mère, des patins à roulettes aux pieds et des clochettes aux chevilles.
Plus rien à voir.
Et déjà, rien qu’en y pensant, elle ne ressentait plus la même chose. Il n’y avait pourtant pas une seule araignée dans la pièce.

Quand le corps décide autrement
Je me souviens aussi d’une femme venue me voir pour une phobie des prises de sang.
Avant la séance, il était quasiment impossible de la piquer. Elle fuyait, elle se débattait, elle luttait, et le soin devenait impossible.
Le lendemain de la séance, je lui ai fait sa prise de sang.
Elle pleurait toujours. On aurait dit une petite fille de cinq ans. Tout son corps était en mouvement, sauf un endroit : le bras à prélever est resté parfaitement immobile.
Juste avant, elle m’avait dit : « J’ai toujours peur, mais je sais que vous allez y arriver facilement. »
La peur était encore là.
Mais elle n’était plus aux commandes.
Alors, l’hypnose peut-elle faire disparaître une phobie ?
Parfois, oui.
Pas pour tout le monde. Pas en un claquement de doigts. Et personne ne peut le garantir à l’avance.
Mais ça arrive. Certaines personnes qui ne supportaient pas une araignée finissent par la regarder autrement, jusqu’à s’émerveiller de cette nature incroyable.
Ce qui change, ce n’est pas toujours la peur elle-même. C’est la place que l’on occupe par rapport à elle.
Une phobie n’est pas un défaut de caractère
Il y a une chose que j’aimerais dire à celles et ceux qui vivent avec une peur qu’on leur a souvent reprochée.
Ce n’est pas de la faiblesse.
Ce n’est pas un manque de volonté.
Ce n’est pas « dans la tête », au sens où l’entendent ceux qui ne comprennent pas.
C’est un système de protection qui s’est mal réglé. Rien de plus. Et ce qui s’est réglé de travers peut, souvent, se régler autrement.
Certaines personnes arrivent en s’excusant presque : « C’est bête, je sais bien. »
Non.
Ce n’est pas bête.
C’est une mémoire qui a voulu bien faire.
Et l’araignée, dans tout ça ?
Elle est toujours sur le mur de votre cuisine.
Elle ne sait rien de tout cela. Elle va son chemin, sur ses huit pattes, sans se douter qu’elle est le sujet de cet article.
Et vous, vous êtes là, à quelques mètres.
Vous respirez.

Et vous remarquez que le cœur n’a pas encore tout à fait décidé ce qu’il allait faire.
Une peur, un souvenir, un lieu, une situation que l’on contourne depuis des années… et si c’était ça, votre araignée ? Si vous souhaitez en parler, je vous reçois à Decize et à Moulins.

