Tout commence à une période charnière de la vie de Stephen Gallegos.
Il vient de quitter un poste prestigieux de professeur d’université. Sur le papier, tout semblait enviable : la reconnaissance, le statut, la sécurité. Mais intérieurement, quelque chose ne sonnait plus juste. Alors il quitte cette place confortable pour devenir psychothérapeute.
Il déménage dans l’Oregon et prend l’habitude de courir chaque soir. Le genre de course où le corps trouve son rythme, où les pensées finissent parfois par s’ouvrir autrement.
Un soir, quelque chose d’inattendu se produit.
À ses côtés apparaissent un aigle et un ours. Pas comme une pensée passagère. Plutôt comme une présence intérieure, vive, presque autonome. Il ressent que l’aigle semble sortir de son front, tandis que l’ours émane de son cœur.
Pour un homme à la formation très scientifique, l’expérience a de quoi surprendre.
Une question s’impose alors à lui : si deux animaux émergent ainsi… où sont les autres ?
À peine formulée, cinq autres animaux apparaissent. Chacun relié à une zone de son corps, chacun portant une énergie particulière. Puis son attention descend vers la base. Et là, au lieu d’un animal puissant ou majestueux, il découvre un tout petit lapin.
Un lapin terrifié.
Entouré des autres animaux, ce minuscule lapin fait surgir en lui une phrase avec une intensité bouleversante :
“Je n’appartiens pas à ce groupe. Je n’ai rien à faire ici.”
Les animaux ne l’attaquent pas. Ils l’accueillent. Et peu à peu, le petit lapin commence à grandir.
À mesure qu’il grandit, un souvenir remonte. Gallegos se revoit à cinq ans, arraché à sa classe de maternelle parce qu’il sait déjà lire, projeté brutalement parmi des enfants beaucoup plus grands. Perdu. Illégitime.
Cette phrase, il l’avait oubliée. Ou plutôt rangée si profondément qu’elle n’était plus accessible. Pourtant elle était restée là, active, silencieuse, présente en arrière-plan. Traversant ses études, sa réussite, sa carrière entière.
Ces animaux intérieurs n’avaient pas eu besoin qu’il explique son problème. Ils savaient où se trouvait la blessure. Et ils savaient comment commencer à la réparer.
C’est de cette expérience qu’émergera son travail autour du Personal Totem Pole Process : une approche dans laquelle les animaux intérieurs deviennent des guides, des interlocuteurs, des présences avec lesquelles il est possible de dialoguer.
Cette histoire résonne avec quelque chose de très ancien.
Bien avant que l’on parle d’hypnose ou d’inconscient, les humains ont observé les animaux et leur ont donné une place particulière. Dans de nombreuses cultures, l’animal a pu représenter une lignée, une protection, un guide, parfois un lien avec le sacré.
L’ours, l’aigle, le loup, le cheval, le serpent, la tortue ne portent pas les mêmes sensations ni les mêmes messages symboliques. Chaque animal semble réveiller en nous une couleur différente, une posture particulière, une manière d’habiter le monde.
Aujourd’hui, le mot “animal totem” est souvent utilisé plus librement. Il peut devenir une métaphore, une image intérieure, un support d’exploration. À condition de garder du respect pour ses origines, il ouvre une voie très intéressante dans le cadre de l’hypnose.
Au cabinet, il arrive régulièrement qu’un animal apparaisse sans avoir été invité.
La personne explore un lieu intérieur, une sensation, une émotion… et soudain, il est là. Parfois proche, parfois à distance. Il observe, accompagne, protège peut-être. Ou il attend simplement qu’on le remarque.
Dans ces moments-là, je laisse de la place à ce qui se présente. Si la personne en a envie, je l’invite à entrer doucement en lien avec cet animal. À sentir sa présence, son attitude, sa manière d’être là.
Les adultes arrivent parfois avec une idée précise de l’animal qu’ils aimeraient rencontrer. Et puis l’inconscient propose autre chose. Pas toujours l’aigle majestueux ou le tigre impressionnant. Parfois un hérisson, une grenouille, un escargot.
Et c’est souvent là que ça devient intéressant. Parce que l’animal qui apparaît n’est pas forcément celui qu’on aurait choisi. Il est parfois celui dont on a besoin à ce moment-là.
La semaine dernière, une dame que j’accompagne pour une anxiété liée à son activité professionnelle traversait une séance difficile. Sous hypnose, chaque fois qu’elle s’approchait d’une expérience en lien avec sa problématique, quelque chose se fermait. L’environnement intérieur restait flou, inaccessible.
Et puis, d’un seul coup, il est apparu.
Son cheval. Celui qu’elle avait perdu, il y a longtemps.
Elle portait depuis ce deuil une forme de culpabilité. Le sentiment de ne pas avoir pu le sauver. Alors je lui pose la question simplement : quelle est sa réaction à lui, face à tout ça ?
Elle marque un silence, puis sourit légèrement.
“Il s’en fiche complètement.”

La suite de la séance a été belle. L’aide est venue. Mais pas du tout par le chemin qu’elle imaginait. Et c’est peut-être ça, le propre de ces rencontres intérieures : elles ne suivent pas notre script.
Avec les enfants, cela se fait souvent très naturellement. Ils n’ont pas besoin qu’on leur explique pourquoi un lion peut aider à oser, ou pourquoi une tortue peut rassurer. Ils jouent le jeu. Et le jeu peut devenir très sérieux quand il permet de retrouver une ressource.
Ce lien peut aussi devenir un point d’appui dans la vie quotidienne. Avant un examen, une prise de parole, une compétition, certaines personnes retrouvent intérieurement cette présence. Elles se reconnectent à sa posture, à son souffle, à sa manière d’être au monde.
À côté des séances thérapeutiques, je propose aussi une exploration plus légère dans le cadre de l’hypnose ludique : une découverte dédiée aux animaux totem.
Pas d’objectif thérapeutique précis. Juste l’espace pour découvrir quel animal se présente, entrer en lien avec lui, et faire une rencontre qu’on n’oublie pas facilement.
Parce qu’au fond, certains messages n’arrivent pas avec des mots.
Ils arrivent avec un regard, un souffle, une démarche.
Avec des ailes qui s’ouvrent, des pattes qui s’ancrent, une présence qui veille.

Parfois, l’inconscient ne parle pas.
Il grogne doucement.
Il bondit.
Il nage.
Il vole.
Et il nous rappelle qu’une part très vivante de nous connaît déjà le chemin.
Réf. : Stephen Gallegos, The Personal Totem Pole Process: Animal Imagery, The Chakras and Psychotherapy.

